Tribune · Rafael Gonzalez

Le téléphone
n'a pas changé.

Il sonne.

Comme il sonnait hier.

Comme il sonnait il y a vingt ans.

Comme il sonnait il y a cent cinquante ans.

En apparence, rien n'a changé.

Pourtant, ce petit geste, répondre, n'est plus tout à fait le même.

Autrefois, nous répondions.

Aujourd'hui, nous commençons souvent par regarder.

Un numéro.

Un nom.

Un indicatif.

Nous hésitons.

Nous nous demandons qui appelle.

Pourquoi maintenant.

Si nous pouvons faire confiance.

Sans vraiment nous en apercevoir, nous avons remplacé un réflexe par une décision.

Et cette décision nous est demandée plusieurs fois par jour.

Nous avons fini par trouver cela normal.

À regarder un téléphone qui sonne comme nous regardons quelqu'un qui frappe à une porte sans s'annoncer.

À ignorer certains appels.

À rappeler plus tard.

À dire à nos proches : ne répondez pas aux numéros que vous ne connaissez pas.

Comme si cela allait de soi.

Comme si un téléphone devait désormais s'accompagner d'un mode d'emploi.

Nous avons ajouté des alertes.

Des filtres.

Des listes.

Des couleurs.

Des avertissements.

Sans jamais remettre en question la règle elle-même.

Depuis quand un inconnu peut-il exiger notre attention ?

Les fraudeurs n'ont pas besoin de convaincre longtemps.

Ils ont seulement besoin que nous décidions trop vite.

Une autre règle est possible.

Décider au bon moment.

Retirer à l'inconnu le pouvoir d'interrompre immédiatement.

Laisser aux personnes qui comptent la simplicité d'un appel ordinaire.

C'est cette idée qui a donné naissance à blablalib.

Pas un obstacle.

Pas une liste noire.

Pas un nouvel écran.

Répondre.

Sans hésiter.

Comme avant.

Rafael Gonzalez

Fondateur · blablalib · France

Naïm Emam

Logiciel et déploiement